Projet EREA 14-18, par les Terminales MHL

Projet EREA 14-18, par les Terminales MHL

« Louis RIBOT, un soldat de 14 -18 »  est un projet des terminales MHL de l’EREA de Perpignan accompli en fin d’année scolaire 2013-2014. Voici le parcours effectué avec l’aide de M. Peytavi, M. Quinta et tous les acteurs rencontrés lors de la phase d’élaboration du projet:

Sommaire:

1.1 Le pourquoi du projet

2.1 Les recherches documentaires

2.2 Visite de Saint Féliu d’Avall

3.1 Journée du 19 mai 1915 / 2014

4.1 Visite du centre d’interprétation
4.2 Le cimetière de Suippes
4.3 Les tranchées de « la main de Massiges »
4.4 « la main de Massiges » suite

5.1 Vendredi 21 mai 1915

5.2 Mercredi 21 mai 2014
5.3 Samedi 22 mai 1915
5.4 Les jours suivants le 31 octobre
5.5 A ma mère

 Tout au long de ces pages des extraits des carnets viendront illustrer le quotidien des soldats au travers des yeux de Louis RIBOT.

Les extraits sont matérialisés par un changement de couleur de police en vert.

 

1.1 Le pourquoi du projet:

« Un projet est souvent le fruit – au départ – d’une volonté, identifiant des besoins, ou un « plus ». Il s’enrichit généralement au fil des rencontres, se construit parfois par coïncidences, ou par déceptions. La volonté c’est celle de M Peytavi et de sa classe de Terminale Maintenance et Hygiène des Locaux – MHL – de l’EREA de Perpignan. Cela fait suite à de nombreuses actions : Visite du centre de mémoire départemental, rencontre avec les militaires du Centre National d’Entrainement Commando de Collioure, participation à un exercice de simulation d’un risque majeur (inondations) avec les militaires et la préfecture, participation à la cérémonie pédagogique du 11 Novembre à Perpignan, organisée par la mairie et l’armée. La première rencontre c’est lorsque j’apprends en conseil d’administration l’existence du projet et décide de m’y joindre au titre de « passionné ». Mais pourquoi 14 – 18 ? Il y a le centenaire bien sûr, mais aussi ces longues listes de noms que beaucoup connaissent. Peut-on l’expliquer ? Peut-on expliquer les 900 morts par jour, l’hécatombe, la jeunesse « sacrifiée » comme le dit la chanson ? Le même âge qu’eux. Comment vit-on la guerre à 19 ans ? Comment y meurt-on … Essayer de faire ressentir plutôt qu’expliquer. Difficile. Prononcez « 14 – 18 » et les élèves répondront « Verdun », mot définissant à lui seul la nature du projet Mais l’anniversaire de Verdun c’est 2016 et le musée est fermé pour travaux. Impasse. Quelques jours plus tard ma mère découvre les carnets d’un soldat. « Ce devait être à mamie ». Histoire familiale oubliée. « A ma fiancée Angèle »(ma grand-mère)Louis Ribot. Je ne sais pas qui c’est. L’enquête démarre au 80 RI de Narbonne et m’emmène en Champagne en 1915. « Ressentir » devient possible. La Champagne c’est loin, c’est donc cher. Les élèves de la section MHL ont remporté 2 fois le concours du CARSAT (Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail) cela financera un tiers du projet. Nous tenons à remercier ici, le « Souvenir Français » pour sa généreuse contribution ainsi que le délégué militaire départemental le Colonel Zocchetto. Nous remercions également le directeur de notre EREA pour le « complément », tout en soupçonnant un brin de nostalgie, M Guillaumond ayant été pendant de nombreuses années directeur de notre EREA d’accueil à Châlons-en-Champagne, étant à même de visualiser littéralement très bien notre projet… L’autre « petit coup du sort », est la plaque commémorative « aux instituteurs morts pour la France » de la DSDEN de Perpignan, liste de dizaines de noms sur trois colonnes. Mais ce n’est pas un multiple de 3. Un nom déborde en bas de la colonne du milieu, celui que le regard accroche naturellement. Il est cité plusieurs fois dans les carnets de Louis Ribot : Henri Rouzaud. Je demande à l’accueil s’il existe des archives et on m’indique le bureau 210. Notre démarche suscite l’intérêt du directeur académique. C’est donc grâce à lui que vous lisez ces lignes. Ah ! Dernière petite coïncidence, je vous la laisse découvrir à la fin, tout en sachant qu’il y a plus de 400 régiments d’infanterie durant la première guerre mondiale… »

Quinta Dominique

 

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Louis a été tué fin octobre 1915. Angèle ne se mariera qu’en 1922 et divorcera deux ans plus tard après avoir eu mon père, et restera seule jusqu’à la fin de sa vie. La couverture des carnets présente de profondes traces d’usure à l’emplacement des doigts nécessaires pour les tenir, preuve de nombreuses relectures… 

 

2.1 Les recherches documentaires:
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1. Un exposé sur les conditions de vie du soldat dans les tranchées

  • Les dangers (obus, mitrailleuses, gaz, « mines », barbelés, etc.)
  • L’environnement (la boue, le froid, les rats, les poux, le ravitaillement, l’hygiène, les blessures, les corvées, la relève, le courrier…)

2. Les recherches sur Louis et son régiment à partir des documents suivants

  • Les carnets (photocopies format A3, passages les plus importants pour la recherche surlignés)
  • Le Journal des Marches et des Opérations (JMO) de son régiment (photocopies format A3 du mois d’octobre 1915)
  • Les journaux de l’époque « l’illustration » (originaux) de la période sept / nov. 1915
  • Les sites internet « mémoire des hommes » et « mémorial genweb »

Voici la liste des questions posées aux élèves :

  • Qui était Louis Ribot ? Le fils du médecin de Saint Féliu d’Avall
  • Quel âge avait-il lors de son incorporation ? 19 ans
  • Avait-il un métier ? Il venait d’avoir le concours des PTT
  • Avait-il une passion ? Il aimait la poésie
  • Etait-il marié ? Il était fiancé à Angèle
  • Quand a-t-il été appelé sous les drapeaux ? Fin décembre 1914
  • Quand et où a-t-il été incorporé sur le front ? Au mois de Mai en Champagne
  • A-t-il été tué ? Oui
  • A-t-il été inhumé ? Oui, nécropole nationale de Suippes, tombe n°1302
  • Où et quand ? A Tahure le 31/10/1915 (ou le 01/11/1915 selon les sources)
  • Dans quelles circonstances ? Contre offensive Allemande sur Tahure du 30/10/1915
  •  Où se trouve Tahure ? En Champagne actuellement dans le camp militaire de Suippes, fait partie des villages non reconstruits
  • Quel était son régiment ? Le 80 RI de Narbonne
  • Qu’a vécu Louis durant les six mois de guerre auxquels il a participé ? Guerre des « mines » en champagne, seconde offensive en champagne prise du « bois marteau »juste au nord de« la main de Massiges ».
  • Quel était son quotidien ? Réserve, montée en première ligne, poste d’écoute, corvée de« feuillées », corvée de soupe, corvées de matériel et de munitions, estafette, aménagement de « cagna » et de tranchées, sauvé d’un éclat d’obus par son fusil (HS) et, bien sûr, écrire et recevoir des lettres
  • A-t-il des frères qui font la guerre ? Oui, Alexandre et Joseph
  • Seront-ils tués eux aussi ?  Apparemment non
  • Qu’est-il arrivé à son camarade Jean Subira, lui aussi de Saint Féliu ? Il est tué un jour avant lui, le 30/10/1915 à Tahure

 


  • Des réponses ont été trouvées à la plupart des questions, tous les élèves ont apporté leur(s) renseignement(s) sur le grand tableau « brainstorming ». D’autres informations ou remarques sont apparues comme la date de son anniversaire (20 ans le 29 oct. 1915, tué 2 jours plus tard), comme le fait que son ami n’a pas de tombe.
  • Un « imprévu » a été l’intérêt qu’ont porté les élèves aux publicités présentes dans « l’illustration ». Si certaines ont fait sourire, d’autres ont été assez évocatrices : publicité pour des prothèses, jambes en bois articulées… avec en remarque, que pour « mériter » une publicité, il faut que cela s’adresse à un grand nombre de clients potentiels.

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  2.2 Visite de Saint Féliu d’Avall (remparts, fontaines et monument au mort:

Deux objectifs :

 

1. Imaginer la vie d’un jeune homme dans ce village au début du siècle. Commentaire d’une photo de l’époque (et recherche de l’endroit où elle a été prise), questionnement : qu’est ce qui a changé, y avait-il l’eau courante, le téléphone, l’électricité ? quels pouvaient être les loisirs des « jeunes » à cette époque ?  Evocation des publicités de « l’illustration ».
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2. Vérification de nos recherches au monument aux morts de Saint Féliu. Louis Ribot et son ami Jean Subira (dit Joseph) sont inscrits à l’année 1915.

 

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Naïvetés

Je vais écrire ici des lignes à faire pleurer, si tristes que j’hésite à en noircir cette page. Mais elles seront, je le sens, aussi naïves que tristes et pour cela elles feront plutôt sourire que pleurer. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai ouvert ce carnet, qui j’espère ne sera pas une longue élégie.

Je n’ai pas vingt ans et je ne voudrais pas mourir encore. Pourtant ce champ de bataille qui s’étend à mes yeux n’est qu’un cimetière immense où les villages martyrs achèvent leur agonie sous les coups obstinés du canon allemand, où les arbres lèvent vers le ciel, comme une prière, leurs bras tordus et déchiquetés, où les morts n’ont pas de tombes et pas de croix et où tout dit que la vie n’est qu’un rêve triste et douloureux.

Devant la mort des choses et des êtres, malgré mes espérances profondément ancrées dans le cœur, je pense qu’il sera peut être une heure fatale où en tombant sur le champ de bataille je dirais adieu à la vie…

Je ris de penser à cela…

…Mais si toutefois (qui sait la destinée ?) le sort ne m’est pas favorable je ne voudrais pas que ma mort fut deux malheurs ; que ceux qui voudraient me pleurer sèchent leurs larmes en songeant que j’ai fait mon devoir, qu’ils soient consolés car il est de malheurs plus grands. Je voudrais mourir en chrétien ; que ma famille ne fût pas laissée dans l’angoisse de la perplexité et que tout ce qui m’appartient personnellement lui fut envoyé. Je voudrais (s’il était possible) dormir mon grand sommeil dans la terre du Roussillon qui m’a vu naitre, je voudrais enfin partir avec le pardon de ceux que j’ai fait souffrir…………..

Je termine ici ce verbiage d’enfant. Je suis tenté de déchirer cette page tant elle me parait bête et lugubre.

Ecrit le lundi 14 juin 1915   4h ¼ du soir

En riant comme un fou

 

3.1 Journée du 19 mai 1915 / 2014:

Mardi 18 mai 1915

-Dans les tranchées-  

                                                          Baptême du feu

Réveil 5 heures moins le quart. Prépare sac, graissé fusil. Café. Cassé croute et bu une goutte de « gnole ». En tenue ! La compagnie en route ! Marche à coté de Jean et Cros dans la forêt de pins. Vais sans songer à rien comme à l’exercice. Halte à la maison forestière. Passage dans les boyaux baignés de plaques d’eau de suite après la maison forestière. Notre compagnie est en réserve de bataillon à 300m de l’ennemi. Suis avec Jean dans creusé dans le parapet du boyau. Sommes très bien. Les balles sifflent au dessus des boyaux zing ! zing ! Les bombes et les obus pleuvent non loin de nous et tout près le rossignol chante comme moqueur

Il y a exactement 5 mois que je suis soldat. Entré à la caserne le 18 décembre 1914, baptême du feu le 18 mai 1915

Le soir lecture des journaux apportés dans la tranchée (0h10). Ai couché avec Jean dans le trou, devenu tout à coup sympathique, bercés par la musique gutturale des obus et des balles

Ai écrit ce jour là à Bonafos, M Courtois, Gustave, Banyuls.


Lundi 19 mai 2014

Départ 18h00 de l’école. Bus 19 places type « master » rallongé. Sacs entassés à l’arrière. Sièges un peu durs qui ne s’inclinent pas. Sans appui-tête. Secousses.

Arrêt aux alentours de 20h entre Montpellier et Nîmes. Temps couvert. Grosse pluie vers Montpellier. « Mac do » sur l’autoroute.

Position très inconfortable pour dormir. Nuit difficile et ponctuée d’arrêts.

Mercredi 19 mai 1915

Aujourd’hui encore notre compagnie est de réserve de bataillon. Viens de faire quelques corvées (transport de grenades, crapouillots, gabions, trébuchets en 1èreligne). Quelques gouttes de pluie.

 

4.1 Visite du centre d’interprétation:

 

Mardi 20 mai 2014

Arrivée 6h15 à Suippes –  Le café de la gare ouvre à 6h30. Café + discussion avec le patron (ancien militaire). Décision de manger là à midi.

8h55  – retour parking du musée. Photo de l’église : Louis l’avait trouvée belle et avait assisté à la messe ici il y a 99 ans.

9h à 11h15 – Visite du centre d’interprétation de Suippes : peu de pièces mais la plupart sont belles et correctement mises en valeur. Guide très charmante, bonnes explications, adaptées aux scolaires, salles sympas, élèves intéressés.
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4.2 Visite du cimetière de Suippes:


11h30: arrivée au cimetière de Suippes. Recherche de la tombe de Louis (n° 1302). Entrée étroite qui s’élargit et dévoile plusieurs milliers de croix « doubles »sur du gazon (pas d’allées). Charlotte pense que ce n’est pas bien de marcher comme çà sur les tombes. Exercice en cours au terrain militaire tout près : hélico qui tourne et tirs. Alexandre trouve enfin la tombe de Louis. Photos. Recherche d’autres soldats du 80° RI. Tout un secteur leur est consacré, la plupart morts en avril (151 tués dont 50 le 18 Avril pour le 80°)(l’offensive s’arrête le 2 mars pour reprendre le 25 septembre, entre les deux dates c’est la guerre d’usure, « d’ajustement » des lignes et la guerre des « mines »). Louis est donc venu combler ces pertes (arrivé le 12 mai 1915)
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4.3 Les tranchées de « la main de Massiges »:

12h00 : restaurant de la gare. Grande photo au mur du resto en 1919. Louis était arrivé en gare de Suippes à 50m du resto, qui existait donc probablement en 1915. Repas très correct et copieux pour 13 € par personne

14h00 : départ pour les tranchées de « la main de Massiges » sur le site du « cratère ».Arrivée à 14h30 sur le site, reçus par M. Marchal, président de l’association. Discussion très intéressante en attendant un bus d’élèves de l’école française de Valencia.

 

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Expliquons notre démarche avec Alexandre et Nathalie qui ont retenu beaucoup de choses. Apprenons où se trouvaient les tranchées françaises à TAHURE lors de l’attaque allemande du 30/10/1915 où Louis sera tué. Apprenons également que les listes de prisonniers sont « échangées »via Genève, et la vitesse d’un éclat d’obus : 300 km/h Parlons du rôle du 80° RI lors de l’attaque de la main de Massiges. Avions déduit sur les cartes du journal « l’illustration » à sa forme, la position du bois « marteau », au nord de « la main », où Louis attaque le 30 sept et le 6 oct (147 tués). M. Marchal nous confirme que nous avions vu juste, en nous montrant du doigt le « bois marteau », et que suite au déracinement d’un arbre après la tempête de 1998 ils avaient identifié les restes d’un soldat du 80° dans ce bois.M. Marchal nous donne les photocopies de 3 cartes (dont une créée par lui et une carte militaire de l’époque) du secteur de la main de Massiges . Nous expliquons également avoir vu « la main de Massiges » sur antenne 2. M. Marchal nous dit qu’antenne 2 va revenir, ainsi que Claire Chazal pour une émission sur TF1. Le site a aussi servi de lieu de tournage pour les séquences de « guerre » du clip vidéo de la chanson de Florent Pagny  » LE SOLDAT ». Visionnez-le et vous aurez un bon aperçu du site au moment du conflit. Le bus des espagnols arrive, accompagnatrice probablement française (pas d’accent). Même type de démarche que nous : recherche d’un soldat à partir d’une plaque commémorative dans le hall de leur école(un « prof » français appelé sous les drapeaux ?, tout comme « Henri Rouzaud », ami de Louis, tué dans la même attaque et apparaissant sur la plaque « aux instituteurs morts pour la France » de l’IA de Perpignan). Un soldat du 128°. Même site internet utilisé (mémoire des hommes) mais ils n’ont pas trop approfondi la recherche sur le 128° RI (ne savent pas sa ville d’attache ni les conditions de la bataille et du décès de « leur soldat »)(le 128° est basé à Abbeville dans la Somme à cette époque).

Début de la visite : visiteurs dans les tranchées, M. Marchal sur le parapet. Explications très intéressantes. Alexandre trouve une balle non percutée. Notre guide préfère qu’il ne la garde pas, la jette et lui « échange » contre des douilles.


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Nathalie fait plein de photos. Alexandre, encore lui, se rappelle ce qu’avait raconté à propos des barbelés M. Quinta : sur les barbelés militaires les pointes sont plus nombreuses afin de ne pas pouvoir tirer sur le fil avec les mains. Hélas, tous les fils du site (anciens ou récents) correspondent à du barbelé « agricole » moins serré, ce que ne manque pas de faire remarquer à plusieurs reprises Alexandre….. Ouf ! Sauvé par M. Peytavi qui trouve 30 cm de « bon » barbelé. Alexandre questionne, en montrant le morceau, notre guide : il s’agit de barbelés allemand. Pas sympas les boches….

4.4 Les tranchées de « la main de Massiges » (suite):

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Après le départ d’un groupe de séniors et des espagnols nous restons à discuter avec les deux guides devant des vestiges : casques, baïonnettes, obus, montre, etc… Bonnes questions de Maxime /Alexandre /Abdel/Jordan. Photos casqués.

Baïonnette allemande : fourreau abimé après un siècle sous terre mais lame comme neuve à l’intérieur ! Les moulinets pas trop contrôlés d’Alexandre ne sont pas du goût de M. Peytavi.


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Nous regardons une photo aérienne du site (en négatif pour mieux faire ressortir les tranchées) : juste un tiers environ a été mis à jour. Nous parlons aussi de la dernière charge de cavalerie le 25 sept 1915 à 2 Km d’ici, un des sujets du dernier numéro de « tranchées », magazine sur la première guerre mondiale que certains élèves ont regardé dans le bus en venant.

Les guides finissent par nous offrir spontanément des vestiges : une gourde, une pelle, un gros éclat d’obus, une cuillère, un piquet « queue de cochon », une tête d’obus fusant. Nous les exposerons dans le hall d’accueil de l’école avec des photos.

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Nous n’avons pas vu passer les trois heures sur le site. Un groupe de passionnés bénévoles extraordinaires et très « pointus » dans leur domaine. Très, très bonne visite !

17h30 passage devant l’actuel camp militaire de Suippes, à l’heure de la débauche.

Arrivée 18h 15 à l’EREA de Châlons en Champagne. Très bon accueil. Première douche en 36 heures (Louis aurait certainement apprécié, et trouvé çà luxueux). Bon repas et gros dodo pour tout le monde. Petite photo du terrain de foot (ou de rugby) pour notre CPE (il comprendra).

 

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5.1 Vendredi 21 mai 1915:

En 1ère ligne. Venu à la maison forestière à 5h1/2 cherché la soupe. Ai rencontré camarades venus de Lézignan arrivés hier. De la maison forestière ai écrit à mes parents. Il fait quelques gouttes. Joseph m’envoie sa photo départ dimanche. Bombes, fléchettes etc à profusion dans notre tranchée. Avec Landry au poste d’écoute 10h ½ matin

La nuit minutes lentes et noires

Très mauvais secteur. Ai fait mon premier coup de feu vers 5 heures du soir. De l’extrême gauche de la tranchée suis allé avec Landry prendre position dans le poste d’écoute à 10 mètres de l’ennemi. Samedi 22mai 1915.Tout à coup (1h ¼ matin) j’entends sur mes pieds tomber quelque chose qui fit un bruit pareil à celui d’une gamelle qu’on laisse choir doucement. Landry me demande « qu’est ce ? » j’allais me lever quand une explosion terrible ébranle le poste d’écoute et dans les bras l’un de l’autre un poilu et un Marie Louise attendaient la mort. Les sacs des parapets de la tranchée tombaient sur nos têtes. Suffoqués par la poudre et la poussière, comme fous nous allons en rampant vers nos camarades remerciant Dieu de nous avoir sauvés si miraculeusement. Le matin j’ai constaté que la visière et la jugulaire de mon képi étaient trouées que mon fusil (celui de Cros) avait sa bretelle déchiquetée, la crosse et la boite à culasse abimées. Pour moi je n’avais qu’une contusion insignifiante au dessus de la tempe droite. Comment suis-je encore ici ? L’espérance s’affermit tous les jours dans mon cœur.

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5.2 Mercredi 21 mai 2014:

 

Petit déjeuner à 7h. Départ à 8h pour le monument de la ferme de Navarin. Ciel couvert, petites averses. Découvrons le monument à travers le brouillard sur une petite colline le long d’une grande ligne droite, au milieu de nulle part.

Pyramide de grès rose avec à son sommet une immense sculpture : à droite, le frère du sculpteur mort pendant la guerre, avec un fusil et passant par-dessus la borne kilométrique 25 Km de Châlons ; à droite un soldat américain avec une mitrailleuse à l’effigie de Quentin Roosevelt, fils du président américain, aviateur et tué lui aussi durant la guerre. Au centre le général Gouraud (4ièmearmée), inhumé ici.

 

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Au centre de la pyramide une rosace centrale en forme de  Croix de guerre.

Une des explications du nom est que le monument se trouve sur une ancienne auberge, où lorsque les visiteurs faisaient halte et demandaient s’il y avait quelque chose à manger on leur répondait parfois en patois « n’ava a rin » (nous n’avons rien) lorsqu’il n’y avait plus de nourriture. L’ossuaire recueille les restes de 10 000 soldats.

Grosse averse qui nous fait vite retourner au bus. Une équipe d’artisans vient inspecter le monument sans se soucier le moins du monde de la pluie…

Retour au cimetière : la veille nous avions vu dans le livre des visiteurs un poème collé en l’hommage d’un soldat de Thuir (à 5 Km du village de Louis) ! Nous décidons de faire de même et collons la photocopie de la page « naïvetés » du carnet de Louis.

10h début du long retour….Lecture des notes prises pour écrire ce compte rendu. Complément.  Recueil des anecdotes (comme les sauces « mac do » éclatées dans le sac de Charlotte) pour la version « off » (réservée à nous)

22h30 arrivée à l’EREA de Perpignan. Arrêt devant l’atelier MHL. Prise en charge du nettoyage du bus par les élèves. Bus nickel en 15 min. Les deux chauffeurs nous remercient. Ils ont été très sympas. Fin du voyage.

 

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5.3 Samedi 22 mai 1915:

Samedi 22 mai 1915 (suite)

-Retour des tranchées-

La matinée fut angoissante. Les bombes pleuvaient autour de notre tranchée et les mitrailleuses déchiquetaient les sacs des parapets. Puis c’était l’appréhension des mines qui nous faisaient rêver douloureusement. L’image de la mort discrète et sournoise semblait flotter au milieu des balles, au dessus des créneaux de fer troués plusieurs fois par les mitrailleuses.

Et ce fut avec une joie mal dissimulée que nous mîmes sac au dos prêts pour le retour, pour s’en aller loin de ce champ où les obus avaient creusé des sillons fous et où la mort cueillait les vies au hasard du sort.

A la maison forestière apprends que la chambre italienne donne plein pouvoirs au gouvernement. L’Italie nous tend la main.

Au lieu de pouvoir se reposer sommes (section) de garde aux barriques d’eau. Suis de garde de 5h à 7 heures du soir. Visite du Général Langle de Cary. Dors en plein air.

Les jours suivants…

Il sera difficile de nous revoir (passage du CAP, autres sorties de la classe TB MHL, etc…). Mais nous trouverons bien un moment pour reparler de ce voyage et pour écrire la version « off », ainsi que pour préparer une petite exposition, objets ramenés et photos. Alexandre veut faire une maquette de tranchée. Un petit livret de compilation comportera une page libre pour chaque élève, afin de pouvoir noter ses impressions et un exemplaire sera donné à chacun, en souvenir.

Les mois suivants…

Louis survivra aux dernières attaques françaises dans ce secteur (du 25 sep au 6 oct.)(Bois marteau pour le 80°)

 

Journal des marches et opérations (JMO) du 80 RI (Narbonne)

30 octobre 1915

Relève du 15ème régiment d’infanterie (Albi) dans le secteur de la butte de TAHURE:

Relève terminée sans incident à 3h30. La relève a été longue et difficile. Occupation du secteur : les éléments du 15ièmeont été relevés nombre pour nombre. 3 bataillons en ligne

Descriptions des positions des compagnies:

PC colonel à 300m ouest de Tahure sud de la route Tahure – Souain. Le secteur manque d’organisation ; tranchées insuffisamment profondes, peu ou pas de défenses accessoires ; boyaux de communication en nombre insuffisant et peu profonds ; pas de lance -bombes.Bombardement intense à partir de 5heures. L’intensité du bombardement par pièces de tous calibres (210, 150, 77) sur les secondes lignes et en arrière augmente considérablement vers 10 heures ; une grande quantité d’obus sont à gaz asphyxiants (les masques à gaz « caoutchouc » n’existent pas encore).

le bombardement des premières lignes est exécuté par les lance-bombes de tous calibre. Notre artillerie donne l’impression de répondre faiblement. Beaucoup d’hommes intoxiqués arrivent au poste de secours

Vers 15h30 l’attaque ennemie se déclenche. Elle est en butte à une faible résistance par suite de la destruction de toutes les mitrailleuses de 1èreligne et l’action très nocive des gaz sur le personnel

L’attaque se produit simultanément à l’est et à l’ouest l’ennemi s’infiltre entre le 1eret le 2ièmebataillon. La 11ièmecompagnie a du être a demi asphyxiée est faite prisonnière. Les 2ièmeet 3ièmesections se mettent en liaison avec le 342ième (régiment d’infanterie de Lodève /Mende)

à gauche et infligent des pertes à l’ennemi. La 10ièmecompagnie a distribué ses grenades, fait face au nord, lutte pied à pied et se relie au 342ième. La nuit venue elle dispose ses hommes à droite et à gauche de la tranchée en terrain découvert, à 22h l’ennemi est continu. La section de mitrailleuses de la compagnie de mitrailleuses de brigade a pu se dégager et s’installer sur la croupe sud du ravin 149 d’où elle tire sur l’ennemi arrivé dans le ravin.

Du 1er Bataillon pas de nouvelles depuis vers midi ; probablement un grand nombre d’hommes ont été fait prisonniers.Dans le 2ième bataillon la 5ième compagnie (celle de Louis) à droite a résisté en repliant sa gauche en crochet défensif.

Les 6ièmeet 7ièmecompagnies ont été culbutées ; la 8ièmecompagnie sous le commandement du chef de bataillon n’a pu intervenir efficacement, aveuglée par la fumée et intoxiquée par les gaz.

Vers 22 heures la situation est la suivante ; la droite de la 5ièmecompagnie n’a pas bougée, à gauche la 10ièmecompagnie en liaison avec le 342ièmerésiste, au centre les deux pièces de la compagnie de mitrailleuses brigade et quelques éléments épars, l’ennemi occupe le ravin 149. Des renforts du 143ième (régiment d’infanterie de Castelnaudary /Carcassonne) viennent pour rétablir la ligne, renforcés ensuite par le 96ième (régiment d’infanterie de Béziers /Agde).

 

5.4 le 31 octobre 1915 et les jours suivants:

 

31 octobre 1915

La ligne continue ne peut être rétablie dans la nuit. A 5 heures attaque faible dans le ravin. Une contre attaque a lieu le matin du 31 octobre qui permet de rentrer dans le ravin 149. Le 80ièmen’a plus que quelques éléments épars aux ailes.

1er novembre 1915

La situation reste inchangé mais assez calme, l’ennemi n’attaque plus et se contente de bombarder. Le régiment reçoit ordre de rassembler ses éléments et de les regrouper à Cabane et puits. Le mouvement se fait dans la nuit du 1erau 2 novembre
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La comptabilisation des pertes pour ces deux jours fait état de 19 tués 94 blessés 1083 portés disparus (établie le 3 novembre). Sur vingt pages du JMO les noms se succèdent tantôt par longue liste alphabétique tantôt dans le désordre ; de nombreux noms sont écrits 2 ou 3 fois (homonymes ? parents ? erreur ?). Les prénoms ne sont pas inscrits. Louis apparait à la première page, coché dans la colonne des tués. Son meilleur ami, Jean SUBIRA de Saint Féliu d’Avall (66) lui aussi, est porté disparu. Il est inscrit sur le monument aux morts de Saint Féliu à l’année 1915 en dessous de celui de louis RIBOT. Les autres membres de l’escouade de Louis (cités le 15 mai dans ses carnets) n’apparaissent pas dans cette liste. La 5ièmecompagnie du 2ièmebataillon du 80ièmerégiment d’infanterie de Narbonne s’en est relativement bien tirée. Sur le site « mémorial genweb » les pertes du 80ièmeRI pour ces 2 jours s’élèvent à 100 tués. Louis est enterré à Suippes dans une tombe individuelle. Le corps de Jean n’a pas été retrouvé. La contre offensive allemande du 30 octobre 1915 sur Tahure sera la dernière action d’envergure dans ce secteur jusqu’en 1918. Le 80° RI sera retiré du front puis placé dans des secteurs calmes. Il n’enregistrera pratiquement aucunes pertes pendant 9 mois. Puis retournera en première ligne…2762 soldats du 80° seront tués lors de la première guerre mondiale.
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5.5 A ma mère:

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 A ma mère

J’ai caché dans ces vers, au soin de mes vingt ans     

Ma jeunesse et mon cœur, mes amours, mes folies, 

Mais je voudrais, avant d’enterrer mon printemps       

Cueillir, maman pour vous, ses fleurs les plus jolies.

Vous n’y trouverez pas ces bouquets éclatants         

Faits de parfums trompeurs et de roses salies…           

Ces fleurs sont sans apprêts, pauvres fleurs que le temps  

Pour marquer le passé ce soir aura pâlies !

J’ai caché dans ces vers aussi tous mes espoirs,           

Mes désirs les plus bleus, mes soucis les plus noirs,         

Illusions, qu’enfant je croyais éternelles !

Premiers chagrins d’amour ou frisson d’un moment,         

Vous êtes tous mes rêves d’or ! Recueillez-les, maman,     

 Ils sont tombés du nid avant d’avoir des ailes !

Louis Ribot

Je vous avais parlé d’une dernière petite coïncidence. Malheureusement, nous n’avons pas le droit de vous la montrer. Mais si vous regardez attentivement le héros du clip de Florent Pagny ( joué par Hugo Becker, réalisation G. Maillet ) vous découvrirez à quel régiment il appartient.

Tout en sachant qu’il existait 420 régiments d’infanterie durant la première guerre mondiale….

 

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